22. mai, 2018

Presse suite à une conférence au collège Gaston Bachelard à Bar sur Aube

Presse de Rémi Le Lez :

Antoine Maldémé, auteur du livre ' le souffle de l'espoir' est venu au collège le vendredi 18 mai de 10h à 12h afin de discuter avec les élèves de 3ème du handicap et de la sécurité routière. Il a aussi vendu son livre et l'a dédicacé.

Devenu tétraplégique après un accident de la route il a livré un témoignage poignant. Un bon moyen de développer la réflexion des élèves sur les risques des accidents de la route.

 

Un témoignage bouleversant de vérité

Cent trente élèves de 3e ont écouté avec attention le témoignage d'Antoine Maldémé.

Bar-sur-Aube. Antoine Maldémé a été marqué, au propre comme au figuré, par son accident de moto. Il transmettait, hier, son expérience aux collégiens de Gaston-Bachelard.

Il est de ces moments où l'on souhaiterait suspendre le temps. Ces moments qui vous marquent. À vie.

Antoine Maldémé n'a aucunement peur du contact avec les jeunes générations. Il le recherche, bien au contraire.

Sans crainte de se découvrir. À 53 ans, le Mâconnais a livré son expérience, hier matin, devant 130 élèves de 3 e de la cité scolaire Gaston-Bachelard. Un destin dramatique, tragique, mais laissant tout de même entrevoir plein d'espoir.

« Je suis ici pour vous faire partager mon parcours de tétraplégique. » Le décor est planté. Sans ambiguïté. Antoine

a été victime d'une bête chute de moto, « à 30 à l'heure », accidentellement percuté par son amie, et qui le restera à vie, Delphine. Nous étions en 1988. Il venait de souffler ses 21 ans. Son casque était mal attaché. L'une de ses vertèbres s'est brisée. De même que sa vie.

« Tout s'est effondré autour de moi. Je ne voulais plus me battre. Je ne souhaitais qu'une seule chose : trouver le 06 de la mort. » Les mots sont forts. Durs. Mais bizarrement emplis d'une certaine bonhomie car livrés sans ambages.

Et Antoine s'adresse aujourd'hui à des jeunes d'une quinzaine d'années.

Auteur d'un livre retraçant son histoire, Antoine prévient les élèves : « Je vais me confier à vous et vous raconter des choses que je ne pouvais pas écrire dans mon bouquin. » La salle polyvalente est silencieuse, attentive, parée à boire ses paroles. Pas une blague de potache ne vient troubler l'instant.

MAIS SURTOUT SON RAPPORT AUX AUTRES

L'ancien motard fouille dans ses souvenirs, raconte sa prise en charge par les services de secours, se souvient de son arrivée en soins intensifs, se remémore ce médecin lui confirmant sa paralysie causée par une lésion de lamoelle épinière, l'effet de la nouvelle sur ses proches, « de mon père, qui ne pouvait rien faire, qui s'est muré dans le noir et le silence pendant plus d'un mois, de ma soeur, qui a arrêté ses études pour me laver, me donner à manger » son transfert dans un centre de rééducation...

 

La salive est difficile à avaler pour le public.

Puis revient le sourire, un véritablement rayon de soleil. La rencontre avec Dominique, « mon mentor », son kiné aveugle. Dominique l'a relevé de la dépression, relativisant les pathologies de chacun. Et Dominique, à force d'un travail quotidien de rééducation, est parvenu à faire renaître chez lui le mouvement. La vie, en résumé.

Antoine avoue également ses désillusions, ses frustrations.

À l'exemple de « cette haine, totalement infondée, que j'avais envers les personnes valides » , de ses amitiés qui se brisent « car on devient un poids » , hormis Olivier, son pote de toujours, « qui est resté avec moi tel que je l'ai connu avant mon accident ». Il s'épanche aussi sur « les galères à retrouver un emploi » ou sur les humiliations dont il a pu être victime, à l'instar de cet épisode relatif à une ancienne incontinence anale survenue en plein milieu d'une station-service : la caissière lui barre alors l'accès aux toilettes, de « ce chien de garde, bête et discipliné » lui interdisant l'entrée en discothèque au regard de ses chaussures orthopédiques.

Salvateur et pédagogique partage d'un parcours de vie.

Pour aller plus loin : « Le souffle de l'espoir », le livre d'Antoine Maldémé, dont les bénéfices sont reversés à l'Institut de recherche des maladies de la moelle épinière. Code ISBN-13 : 9782955542804.

 

 

« Rien n'a changé en trente ans »

Le Journal :  Marquer les esprits, la meilleure des méthodes  ? 

Antoine Maldémé : Le fait d'avoir une personne, qui a une expérience comme la mienne, en face de soi permet à la jeunesse de prendre des responsabilités et de se faire un peu moins folle. Il n'y a qu'en mettant des mots et des images frappantes que la conscience agit plus rapidement.

 

Le Journal :  Vous vous êtes focalisé sur votre rapport à l'autre dans votre récit devant les élèves. Pourquoi ?

Antoine Maldémé :   J'ai effectivement insisté sur le contact avec l'autre car, aujourd'hui, je lutte contre la différence. Le regard des gens est tellement mesquin qu'on se sent plus handicapé par ce regard que l'on est handicapé soi-même. Et je ne tolère plus cette différence-là. Le mépris des gens peut faire basculer une vie de l'autre côté. Je me suis senti rejeté pendant un temps, et c'est dur à vivre. Le handicap est trop ignoré et reste un tabou français. C'est triste de dire ça, mais rien n'a changé en trente ans.

Certains de vos souvenirs pouvaient prêter à sourire, ou à sortir de ses gonds. Les collégiens ont gardé le silence durant votre intervention.

 

Le Journal : Pari réussi ?

Antoine Maldémé :  Comme souvent (il esquisse un sourire). Ça fait deux ans que je me présente devant des groupes pour raconter mon histoire. Il m'a été très difficile de me mettre à nu devant eux. Parler de sexe, de pipi-caca devant des collégiens, je pensais que ça allait être une débandade. Il n'en a rien été.

 

Paroles de collégiens

Violaine, Louanne et Ugo.

« C'était très touchant. » Violaine, Louanne et Ugo ressortent de cette rencontre éberlués, marqués par ce qu'Antoine Maldémé leur a fait partager. « Il a eu de la chance, mais aussi grâce aux efforts des équipes médicales. » Ils admettent avoir pris « une gifle » avec ce témoignage.

 

Louanne retiendra « sa volonté de faire attention aux autres et toujours savoir avancer pour se rétablir » ; de « ne jamais baisser les bras »

 

Pour Violaine ; « le coup du kiné aveugle qui a fait un travail extraordinaire, et qui a réussi à sauver une vie », s'agissant d'Ugo. Tous ces élèves retiendront également les mises à l'écart, parfois courtoises, mais parfois insupportables, qu'a pu essuyer Antoine.

 

Le Journal : 

Cette rencontre influencera-t-elle leurs comportements à l'avenir ? « C'est clair ! Ça nous a ouvert les yeux sur les dangers de la route. Dangers dont on n'avait pas véritablement conscience. Un échange comme ça, ça marque car on voit que c'est vraiment réel. »