4. nov., 2016

Delphine, oublier m’est très difficile.

         « On devait boire un verre ensemble ce jour-là, une malchance terrifiante nous attendait. Quand j'ai croisé Antoine, j’ai pensé : « Il m’invite à boire un verre et il s’en va ! ». Je ne comprenais pas, j’ai donc fait demi-tour pratiquement aussitôt derrière cette satanée église, je me suis avancée sur la route, la visibilité était très difficile à cet endroit et malheureusement,  Antoine est arrivé. Son cale-pied ou sa jambe a accroché ma plaque d’immatriculation, ou mon antibrouillard, et il est tombé. J’ai encore le souvenir de ses yeux qui me regardaient au moment du choc, la surprise était de taille pour nous deux. Quand le choc s’est produit, je suis aussitôt descendue de la voiture, je suis allé auprès de lui, j’ai immédiatement compris que c’était grave car je lui touchais les jambes, et il me disait qu’il ne sentait rien. J’ai eu un moment de colère contre les gendarmes car ils l’ont fait souffler dans l’alcootest lorsqu’il était au plus mal, ils n’auraient pas dû étant donné son état.

Il portait le casque que je lui avais donné lorsqu’il avait acheté sa moto,  et je me suis longtemps demandé si la qualité de celui-ci était bonne.

Je n’ai pas autant souffert qu’Antoine c’est sûr, mais je porte encore ce drame en moi. Il m’est encore très difficile d’en parler, ça a changé ma vie aussi. J’ai eu beaucoup de mal à remonter moralement.

J’ai énormément culpabilisé, j’ai même témoigné en ma défaveur pour endosser une totale responsabilité auprès des gendarmes.

 J’ai failli renoncer à mon métier de monitrice d’auto-école à  cause de cet accident, peut-être aussi à cause des rumeurs de ce village ! Ici tout le monde se fréquente et beaucoup connaissent notre histoire.

J’ai pris le taureau par les cornes et maintenant je suis gérante d’une auto-école.  En parallèle de celle-ci, j’ai créé  handicode, afin que les personnes en situation d’handicap puissent accéder au permis.

J’évoque régulièrement cet accident auprès de mes élèves, car les jeunes ont du mal à prendre conscience du danger. Je n’hésite pas à témoigner de ma propre expérience.

 J’ai beaucoup pleuré, ma famille elle aussi était très choquée de ce qu’il nous était arrivé. On adorait tous Antoine, il faisait partie de notre famille. On avait passé notre permis moto ensemble, on se fréquentait beaucoup à cette époque.

 Je ne suis pas trop allée au centre de rééducation, je craignais les réactions de sa famille. Je me sentais très mal. Lorsque j’allais le voir, j’étais mal en point, c’est toujours lui qui me remontait le moral.

 Antoine s’en est bien sorti, et c’était prévisible, car c’est un garçon plein, de vie, un battant,  un rayon de soleil avec toujours plein d’humour. Il ne m’en a jamais voulu, je l’admire par rapport à sa réaction. Je lui tire mon chapeau, c’est un être adorable.

Je m’en veux d’avoir effectué ce demi-tour à cet endroit. 

 

Delphine.