le saboteur du bonheur !

Le souffle d’espoir m’a fait comprendre,  que même en étant au plus bas, il faut toujours se battre, endosser l’angoisse et avancer tout en franchissant chaque obstacle, que la vie nous fait traverser.

Même si tu n’as plus le moral, tu penses ne pas t’en sortir ! Que tout autour de toi te semble inexistant et que tu sombres peu à peu. Ouvre les yeux, mets la main sur ta poitrine, sens ton cœur battre, écoute ce qu’il te dit, ce qu’il te crie. Si tu décides de tout arrêter, tu ne sauras jamais de quoi sera fait demain, c’est pour cela qu’il faut sans cesse lutter.

Oublie celui qui veut mettre un frein à ta vie : le saboteur du bonheur ! Montre-lui maintenant que tu te relèves et que tu veux avancer, et qu’il faut avancer !  Dis-lui tout simplement qu’il se trompe de personne, que toi tu veux te sortir de cette impasse ! Et pour cela, il n’y a qu’une solution :

 

N’abandonne jamais.

Extrait du livre

« Cédez-moi vos vingt ans si vous n’en faites rien »

Jacques de Lacretelle

   

12 septembre…Pour vous cette date ne veut rien dire ! Mais c’est celle de mon anniversaire, Le jour de mes 23 ans me marquera longtemps, car j’étais toujours dans ce centre de rééducation. J’aurais aimé ne plus être ici ce jour-là! Je n’ai pas une minute de désir à hurler du fond de mon cœur « c’est mon anniversaire » J’ai plus un haussement d’épaule, mon souffle est vide pour c’est vingt-trois bougies. Comment le souhaiter dignement.

Bien que j’aie reçu de nombreux appels téléphoniques de mon père, ma famille, mes amis, les soignants n’oublient pas eux aussi de venir dans ma chambre pour me le souhaiter.

Ma mère est venue pour me souhaiter un bon anniversaire, cela m’a fait vraiment plaisir, Nous quittons ce cadre hospitalier afin de rendre ce moment un peu plus festif. Elle m’a longuement poussé afin que nous puisons allés boire un verre dans un bar, on a mangé des pâtisseries qu’elle avait soigneusement achetée avant de venir, elle sait combien je suis gourmand. Elle parle beaucoup, me raconte aussi les bêtises de ma petite sœur Jackie, qui d’ailleurs me font rire. Je la trouve bien plus décontracté que les fois d’avant le tout se déroulant dans une atmosphère partagé entre le plaisir d’être ensemble et la douceur d’un faux bonheur pour une ivresse de souffrance.

Cela m’a fait plaisir d’avoir pu passer ce face à face avec elle sans trop de contrariété et d’émotions, c'est ce que j’éprouvais le plus. . L’après-midi a vite passé, elle devait repartir ! Comme avant chaque départ, ses yeux se sont remplis de larmes, elle pleurait toujours facilement, soit de joie, soit de tristesse. Elle voyait pourtant que je progressais et que je commençais à m’en sortir. En dépit de toutes ces performances, elle restait malheureuse de me voir comme ça. C’était dur pour moi aussi, j’étais éprouvé de la voir meurtrie à ce point. Je ne supportais toujours pas les au revoir ! Je l’aime beaucoup, ma mère.

 

Tes lèvres n’ont plus de sourire.

Sur tes joues tant de larmes coulent.

Cet assaut de souffrance rend tes mots vides.

Mais maman regarde, je suis là.

Extrait du livre

Je suis sorti de mon paisible lotissement, encadré de verdure, pour m’engager sur la nationale. C’était un grand axe routier très fréquenté par de nombreux camions ; il traversait le village, lui ôtant ainsi toute sa quiétude. Je pensais que ma petite sortie allait vite prendre fin, car j’ai aperçu la voiture de Delphine, une Renault 18 bleu nuit, reconnaissable de loin par ses deux gros feux antibrouillards à l’avant. J’ai esquissé de la main un cercle et pointé mon pouce vers chez moi, tel un plongeur pour communiquer dans le monde du silence. Je suppose qu’elle n’a pas compris ce geste…
Celui-ci m’a été impardonnable, irrémédiable !
Ce sont un sentiment de plénitude, un pressentiment refoulé, du temps passé avec des personnes que j’aime, le hasard, un geste incompris et un battement de coeur qui m’ont conduit au néant.
J’ai fait un demi-tour pour rejoindre Delphine, passant devant la maison des ambulanciers, qui étaient par ailleurs des amis, réunis autour d’un barbecue. Ils semblaient vouloir me convier à partager ce moment avec eux, mais j’ai préféré poursuivre mon chemin, pensant que mon amie m’attendait. J’ai abordé un petit virage, à la hauteur de l’église, ce noble édifice roman dont l’imposante silhouette empiétait presque sur la route, ne laissant la place qu’à un minuscule trottoir. Elle masquait également le grand parking de la mairie, ce qui en rendait la sortie particulièrement dangereuse. Cet endroit, je le connaissais bien, car six ans plus tôt, je m’étais fracassé contre le mur de cette église en mobylette. Je m’étais en effet retourné pour vérifier si un copain me suivait toujours. Pas de chance ! Cela m’avait valu un petit mois d’hôpital pendant les vacances scolaires.
Ce rendez-vous attendu a été finalement inattendu !
Arrivé à la hauteur de l’église, j’ai eu la surprise de voir la voiture de Delphine au milieu de la chaussée. Je me souviens surtout de son regard pétrifié. Avait-elle compris que l’inévitable allait se produire ? La réaction a pris le pouvoir sur la réflexion. J’ai inconsciemment eu le réflexe de faire un effet de contre-braquage, en donnant un léger coup de main dans le guidon, de façon à déséquilibrer la moto pour la faire changer rapidement de trajectoire. Cette tentative a réussi, ma moto s’est penchée, changeant de direction. Il ne fallait que quelques centimètres pour que le pot d’échappement ne touche le second phare antibrouillards. Ces petits centimètres de trop allaient me coûter très cher ! Pour moi, il était trop tard ; cela n’a duré que quelques secondes. J’ai été projeté loin de ma moto ! Je n’étais plus maître de mon corps ni de mon sort, sans la moindre sensation de peur ! Je ne sais pas si mon esprit a eu le temps de tout imprégner !
Après coup, tout s’est immobilisé… Le silence a régné pendant un court moment. C’était l’amnésie, le néant absolu ! Certaines choses n'ont pas été encodées assez solidement dans mon cerveau, peut-être aussi pour me protéger d’images trop violentes, trop angoissantes.

Extrait du livre

Alerté par l’une de nos voisines, mon père est arrivé accompagné de son frère. Il s’est agenouillé près de moi, sa tête au-dessus de la mienne. Son regard atterré en disait long sur son chagrin, son impuissance. Dans cette atmosphère sombre, les minutes se travestissaient en heures. Pour les rendre plus douces, il a tenté de me rassurer d’une petite voix teintée de tristesse :

— « Ça va aller fiston, les secours vont bientôt arriver. Allez fiston, tiens le coup ! »

Pour apaiser son enfant, bien souvent, les paroles sont accompagnées d’une étreinte. Malheureusement, mon état le lui interdisait ! Si jamais quelqu’un m’avait déplacé ou  porté,  je ne serais pas de ce monde à l’heure actuelle et je n’aurais pas pu vous raconter cette histoire.
A plusieurs reprises, j’ai demandé à mon père : « Que fait Dédé ? » André, dit Dédé, était un copain pompier avec qui je faisais beaucoup de virées nocturnes. Une personne très impliquée dans son travail et dévouée à ses amis, bien souvent au détriment de sa propre famille.

La fatigue m’envahissait, je sombrais doucement. Les voix me paraissaient de plus en plus lointaines. Un brouillard voilait mes yeux. Ce n’était pas l’éclat de la lumière qui se ternissait, mais mes yeux qui ne voulaient plus voir, comme dans un dernier souffle. Je fuguais mon corps meurtri. Je fuguais ma vie.

 

                          La sirène des pompiers m’a sorti de ma douce torpeur et mis fin à mon interminable attente. C’était une bouffée d’espoir. Un soulagement. La petite foule s’était écartée pour laisser place aux secours. Dédé, enfin présent, m’a posé quelques questions futiles, pour savoir dans quel état de conscience je me trouvais. Il me parlait beaucoup pour me tranquilliser. Pendant ce temps, ses collègues ont doucement retiré mes chaussures et mes chaussettes, tout en prenant soin de me maintenir dans la position dans laquelle je me trouvais depuis la chute.

Malgré les propos réconfortants d’André, le désarroi montait en moi, les larmes ont jailli. Je venais de me rendre compte de la gravité de mon accident. Ces pompiers, des hommes remplis de délicatesse, ont opéré en silence, chaque geste était précis et chacun avait un rôle bien déterminé. Dans cette caserne, il n’y avait que des pompiers volontaires. Tous avaient un métier et devaient le quitter parfois pour intervenir sur le terrain. J’admire leur volonté, leur courage, leur sang-froid et leur détermination à sauver des vies.

Le chef de corps est intervenu, me disant qu’il ne fallait pas que je m’inquiète et surtout n’opposer aucune résistance. Ils avaient la situation bien en main, mais devaient prendre un maximum de précautions pour réussir à me déplacer.

La tâche allait être délicate.